Chat des sables (Felis margarita) dans son habitat désertique
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Le chat des sables au Sahara

Piégeage photo
Sahara Atlantique
2012–2020

Le chat des sables (Felis margarita) est le seul félin exclusivement adapté à la vie dans les écosystèmes désertiques extrêmes : le Sahara, la péninsule Arabique et les déserts d'Asie centrale. Son caractère strictement nocturne et insaisissable a fait que, jusqu'à récemment, nous ne savions presque rien de son écologie en liberté. Harmusch l'étudie dans le Sahara Atlantique marocain depuis plus d'une décennie.

Cet article résume les données publiées par Harmusch dans l'European Journal of Wildlife Research (2023), la première étude approfondie de l'écologie du chat des sables réalisée au Sahara, son principal bastion mondial.

Un félin unique

Felis margarita est l'un des plus petits chats sauvages au monde. Son pelage pâle, entre sable et gris, lui procure un camouflage parfait sur les plaines de reg et les petits champs de dunes où il vit. Ses grands pavillons auriculaires fonctionnent comme des récepteurs de sons à basse fréquence, capables de détecter les rongeurs et les reptiles se déplaçant sous le sable. Autre adaptation extraordinaire : il n'a jamais besoin de boire de l'eau directement, obtenant toute son hydratation de ses proies.

Bien que l'UICN le classe actuellement en « Préoccupation mineure », les connaissances scientifiques sur l'espèce restent très limitées. Des déclins de populations locales ont été détectés, et l'espèce sert d'indicateur clé de la santé des écosystèmes arides : sa présence reflète la disponibilité des proies, la qualité de l'habitat et l'intégrité de l'écosystème.

Où et comment l'avons-nous étudié ?

La zone d'étude de Harmusch couvre environ 20 000 km² du Sahara Atlantique, entre le bas oued Draa, les monts Aydar et la Seguia el-Hamra. C'est une région de collines rocheuses entrecoupées de plaines de reg et de hamadas, où persistent des savanes ouvertes d'acacias (Acacia tortilis) le long des oueds asséchés.

Entre 2012 et 2020, nous avons déployé 224 pièges photographiques avec un effort total de près de 20 000 jours-caméra, accompagnés de transects pédestres totalisant 2 490 km. Pour attirer les chats, nous avons testé un appât olfactif peu conventionnel : l'urine de lynx ibérique, qui s'est avérée efficace dans 75,8 % des détections.

Chat des sables capturé par un piège photographique dans le désert du Sahara
Chat des sables (Felis margarita) capturé par un piège photographique de Harmusch dans le Sahara Atlantique (décembre 2015). © Harmusch.

Ce que nous avons découvert

Strictement nocturne

Activité bimodale avec deux pics : un à minuit et un autre 1 à 2 heures avant l'aube. Chevauchement > 78 % avec ses principales proies.

Habitat : plaines de reg

Détecté uniquement sur des terrains plats de sable et de gravier (regs et petits ergs). Absent des terrains rocheux et montagneux, indiquant une sélection d'habitat très marquée.

Densité : ~1 ind. / 100 km²

Estimation par capture-recapture spatiale (SCR) en 2020 : 1,12 individus/100 km². Trois mâles identifiés dans une zone intensive de 100 km².

Identification individuelle

Les bandes sombres des pattes permettent d'identifier les individus dans 90,5 % des photos, rendant viable la capture-recapture par photo-identification.

Une découverte méthodologique clé : les transects pédestres ont complètement échoué pour détecter les excréments de chat des sables. En 2 490 km de parcours, pas un seul excrément confirmé de l'espèce n'a été trouvé, bien que les caméras l'aient détectée dès la première semaine. Les empreintes se sont avérées tout aussi peu fiables : le vent efface rapidement les traces et elles sont facilement confondues avec celles du chat ganté (Felis lybica). La conclusion est claire : le piégeage photographique est la seule méthode fiable pour étudier cette espèce au Sahara.

Relations prédateur-proie

Les caméras ont enregistré un total de 7 039 détections indépendantes de mammifères sauvages, dont 1 960 enregistrements de petite gerboise, 753 de gerbille de Tarabul et d'autres petits mammifères. Le chevauchement d'activité entre le chat des sables et ses proies potentielles a dépassé 78 % dans tous les cas, confirmant que ce petit félin chasse les rongeurs nocturnes dans les mêmes créneaux horaires.

Et l'étude d'Arabie Saoudite ?

Récemment, un projet dans la Réserve royale du Prince Mohammed ben Salmane (Arabie Saoudite) a réussi à équiper six chats des sables de colliers GPS, obtenant plus de 3 000 localisations sur 600 nuits de suivi. Ce travail, publié dans la revue Quercus, fournit des données inédites sur la taille des territoires, l'utilisation des terriers et les interactions entre individus.

Les deux approches sont complémentaires. L'étude saoudienne utilise des méthodes intrusives (capture + colliers GPS) avec un financement conséquent, tandis que Harmusch démontre que les méthodes non intrusives peuvent générer des données écologiques de qualité — densité, activité, sélection d'habitat — dans des conditions logistiques bien plus austères. Notre travail dans le Sahara Atlantique couvre une zone d'étude environ 200 fois plus grande et a été réalisé grâce à des expéditions autofinancées, sans avoir besoin de capturer ni de manipuler aucun animal.

L'utilisation de l'urine de lynx ibérique comme appât olfactif — une innovation de Harmusch — s'est avérée hautement efficace et pourrait être appliquée dans de futures études à travers d'autres parties de l'aire de répartition de l'espèce.

Pistes de recherche ouvertes

En décembre 2023, Harmusch a installé de nouveaux dispositifs de piégeage photographique dans la région de la Betana (Assa-Zag), explorant de nouvelles zones potentielles pour l'espèce. Les résultats de cette expansion, combinés aux données génétiques en cours d'analyse, permettront de comprendre la structure de la population du chat des sables dans le Sahara occidental et sa connectivité avec les populations de l'est.

Felis margarita reste une énigme. Mais chaque campagne de piégeage photographique nous rapproche un peu plus de la compréhension de la survie de ce petit félin dans l'un des environnements les plus inhospitaliers de la planète.

Référence

Gil-Sánchez, J.M., Herrera-Sánchez, F.J., Rodríguez-Siles, J., Díaz-Portero, M.Á., Arredondo, Á., Sáez, J.M., Álvarez, B., Cancio, I., de Lucas, J., McCain, E., Pérez, J., Valenzuela, G., Martínez Valderrama, J., Sánchez-Cerdá, M., Lahlafi, T., Martín, J.M., Burgos, T., Jiménez, J., Qninba, A. & Virgós, E. (2023). Applications of non-intrusive methods to study the sand cat: a field study in the Sahara Desert. European Journal of Wildlife Research, 69, 20.